Le continent africain, longtemps sous-estimé dans le secteur de la technologie, s’affirme progressivement comme un acteur majeur dans le développement et l’adoption de services numériques intelligents à l’échelle mondiale. Porté par une jeunesse innovante, audacieuse et de plus en plus connectée – 40% de la population africaine était connectée à Internet en 2022 -, le continent offre un potentiel considérable pour l’innovation et la croissance dans ce domaine.
Ces services numériques, que l’on peut également regrouper sous l’appellation “d’intelligence technologique”, comprenant notamment l’intelligence artificielle (IA), le cloud, le Big data ou encore l’Internet des Objets (IoT), offrent des avantages significatifs pour stimuler le développement socio-économique de l’Afrique dans les prochaines années. Dès lors, quel sera l’avenir de ces nouvelles technologies sur le continent africain ?
L’Afrique à l’ère de l’intelligence technologique : une émergence prometteuse …
Avec plus d’1,4 milliard d’habitants en 2024 selon les estimations de l’Institut National d’Études Démographiques, l’Afrique possède la population la plus jeune au monde, 60% de ses habitants ayant moins de 25 ans. Équipée de téléphones mobiles – dont une proportion croissante de smartphones – et de plus en plus connectée à Internet, cette jeunesse est devenue un moteur et un modèle d’innovation et d’entrepreneuriat, cherchant à répondre aux besoins locaux identifiés dans des secteurs clés du quotidien, tels que la santé, l’agriculture, la finance et l’éducation, grâce aux nouvelles technologies.
Ces dernières années, l’Afrique a ainsi été le théâtre de l’essor remarquable d’un nombre croissant d’entreprises technologiques. L’année 2022 a été particulièrement remarquable à cet égard, avec un record des levées de fonds réalisées par les start-ups. Ces dernières ont en effet levé un total de 6,5 milliards de dollars, soit une progression significative de 8% par rapport aux fonds récoltés en 2021, confirmant leur attractivité auprès des investisseurs. Nombreuses sont ces jeunes pousses qui exploitent des technologies disruptives telles que l’IA, l’IoT ou la blockchain pour concevoir et développer des solutions innovantes répondant aux besoins et attentes de leurs communautés. Cette dynamique souligne l’opportunité offerte par la Quatrième Révolution industrielle, permettant à l’Afrique de sauter les étapes et d’investir directement dans un avenir technologique prometteur.
L’intelligence artificielle, pour prendre un exemple, offre une opportunité sans précédent de stimuler la croissance économique du continent. Considérée comme une véritable révolution dans tous les aspects de la société à travers le monde, cette technologie a le potentiel de contribuer à hauteur de 15 700 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2030, selon les estimations. D’ici moins de six ans, l’IA pourrait également générer des revenus estimés à 1 500 milliards de dollars pour l’économie africaine. Son apport sera particulièrement bénéfique dans certains domaines comme l’agriculture, l’IA venant alors rationaliser le travail des agriculteurs en optimisant le rendement des cultures et l’irrigation, en effectuant des analyses des sols, ou en facilitant le diagnostic des maladies. Elle représentera également une véritable opportunité pour l’industrie minière, où elle permettra la mise en place de solutions de mines intelligentes. Celles-ci transformeront l’industrie minière en optimisant les conditions d’exploitation et de production grâce à une connectivité stable facilitant ainsi l’interconnexion entre les différents systèmes de production, de sécurité et de surveillance de la mine.
Considérant les nombreux atouts de l’intelligence artificielle, Huawei a élaboré une stratégie intitulée “Accélérer l’intelligence pour une nouvelle Afrique”. Annoncée par Terry He, Président de Huawei Northern Africa (Afrique du Nord, de l’Ouest et Centrale) en septembre 2023, celle-ci se présente avant tout comme une vision axée sur le futur numérique et technologique de l’Afrique. Elle met notamment en avant l’intégration des technologies intelligentes, parmi lesquelles l’IA, dans les secteurs essentiels qui façonnent et influent sur le quotidien des populations africaines.
D’autres technologies offrent également une opportunité économique significative pour l’avenir du continent, visant à stimuler la croissance et à renforcer la compétitivité des organisations. Parmi celles-ci, le cloud computing se présente comme un pilier fondamental de la transformation numérique. C’est pourquoi, lors du Northern Africa OTF 2024 (Operations Transformation Forum), organisé en marge du Mobile World Congress (MWC), Said Aragaw, Directeur Marketing d’Ethio Telecom, a mis en avant l’importance de « la migration des industries africaines vers le cloud ». Cette migration est également l’une des priorités du fournisseur d’infrastructures chinois, Huawei, pour cette nouvelle année. Lors d’une rencontre presse organisée au MWC, à Barcelone, il a ainsi été annoncé le déploiement d’une nouvelle zone de cloud public dans la région Northern Africa, la première étant en Afrique du Sud.
Cette initiative illustre la dynamique du continent face à la demande croissante de solutions numériques avancées. De plus, elle reflète l’engagement croissant des entreprises et des gouvernements africains à adopter des technologies disruptives telles que l’IA, l’IoT et la 5G. Ce développement stratégique vise à renforcer l’infrastructure technologique de la région et à soutenir la croissance économique en favorisant l’innovation et la transformation numérique.
… Malgré tout confrontée à des défis pour affirmer son potentiel
Cependant, malgré ces avancées notables, l’Afrique reste confrontée à un certain nombre de défis qui entravent malheureusement son plein potentiel dans le secteur des services intelligents. L’accès inégal à Internet et aux infrastructures numériques reste un obstacle majeur à l’adoption généralisée des nouvelles technologies. Bien que les taux de pénétration de l’Internet mobile sont supérieurs à 50% dans des pays comme Maurice ou l’Afrique du Sud, ils restent inférieurs à 15% au Bénin, au Tchad et en République Démocratique du Congo. Cette disparité numérique n’est pas seulement observée à l’échelle continentale, mais elle est également palpable au sein des pays, avec la moitié de la moitié de la population urbaine connectée, contre seulement 15% de la population rurale, selon des données datant de 2021.
Pourtant, il est crucial de développer les infrastructures numériques afin de pouvoir traiter l’ensemble des données générées par ces nouveaux services numériques, en tenant également compte de la croissance démographique soutenue du continent. Reprenons l’exemple du cloud : les experts estiment que le marché mondial du cloud computing, évalué à 405,3 milliards de dollars en 2022, devrait atteindre 1 465,8 milliards de dollars d’ici 2028, avec un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 23,9 %. Cette croissance devrait être alimentée par la demande croissante de solutions numériques avancées et l’adoption de technologies telles que l’IA, la 5G ou l’IoT. Dans ce contexte, il est impératif de disposer d’équipements et d’infrastructures capables de répondre et de s’adapter à ces nouvelles exigences.
La pénurie de compétences techniques reste également un défi majeur. En Afrique, face à un tel besoin qui s’élève à 230 millions de personnes d’ici à 2030, avec une couverture actuelle d’environ 5 à 10 % de ces besoins selon les pays, de nombreuses initiatives de formation au numérique ont vu le jour. Il est ainsi possible de citer l’exemple de la Smart Africa Digital Academy (SADA) programme visant à renforcer les compétences numériques des décideurs et des gouvernements dans les pays intéressés ; ou encore le programme Seeds For The Future de Huawei. Les parties prenantes sont unanimes : en l’absence d’investissement accru dans la formation numérique et le renforcement des compétences, l’Afrique risque de manquer l’occasion de tirer pleinement parti de son capital humain.
Au regard de ces enjeux soulevés, il est donc essentiel de renforcer la collaboration entre les gouvernements, les acteurs privés, les universités et la société civile afin de concrétiser le potentiel de l’intelligence technologique en Afrique. Les partenariats public-privé (PPP) peuvent en effet aider à mobiliser les ressources nécessaires et à créer un environnement propice à l’innovation technologique et à l’entrepreneuriat. De plus, le partage des meilleures pratiques et des connaissances entre les pays africains et avec d’autres régions du monde peut accélérer le progrès dans le domaine de l’intelligence technologique.
L’Afrique est à un tournant crucial de son histoire, et la technologie jouera un rôle déterminant dans la définition de son avenir. Avec une population jeune, dynamique et de plus en plus connectée, le continent est bien positionné pour devenir un acteur majeur dans le domaine de l’intelligence technologique. En surmontant les défis actuels et en saisissant les opportunités qui se présentent, l’Afrique peut façonner sa propre destinée dans l’ère de la technologie. L’intelligence technologique ne représente pas seulement un moyen de stimuler la croissance économique, mais aussi une opportunité de créer un impact positif et durable sur les vies des millions d’Africains. Le continent doit donc être prêt à relever ce défi.














