Tsitsi Masiyiwa, cofondatrice de la Higherlife Foundation et épouse de l’entrepreneur technologique Strive Masiyiwa, lance un plaidoyer audacieux : les envois d’argent quotidiens des Africains de la diaspora, qui ont dépassé 60 milliards de dollars l’an dernier, devraient être reconnus non pas seulement comme des transferts familiaux, mais comme une forme de philanthropie à part entière.
Lors d’un discours prononcé dans le prolongement de l’Assemblée générale des Nations unies, elle a mis en lumière l’injustice du traitement symbolique : d’un côté, les dons caritatifs américains — évalués à 592,5 milliards de dollars en 2024, dont 35 milliards destinés à l’étranger — sont valorisés sous le terme de philanthropie. De l’autre, les sommes envoyées vers l’Afrique par ses enfants expatriés, qui dépassent souvent les aides au développement, sont qualifiées de simples « remittances ».
Masiyiwa rappelle que ces fonds jouent souvent un rôle vital pour les familles africaines. Ils couvrent des dépenses essentielles — frais de scolarité, soins médicaux, logement — mais servent aussi de capital de départ pour des microentreprises et de levier de résilience locale. Elle cite l’exemple de l’Égypte, qui a reçu environ 22,7 milliards de dollars en transferts en 2024, du Nigeria (près de 20 milliards) ou encore du Maroc (12 milliards environ). Au Kenya, les contributions de la diaspora ont dépassé 4 milliards de dollars, représentant plus de 4 % du PIB national.
Pour Tsitsi Masiyiwa, les fintechs africaines qui facilitent ces transferts (comme LemFi, Chipper Cash, Flutterwave, Nsano, Mukuru ou Grey) jouent un rôle clé. En proposant des services plus rapides, abordables et transparents, elles permettent à la diaspora de donner de façon moderne, systémique et visible. Ces plateformes sont, selon elle, « l’infrastructure du don moderne », rendant possible une philanthropie à grande échelle, combinant l’intimité des transferts personnels et l’impact d’une action publique.
Son appel est clair : reconnaître les envois de fonds de la diaspora comme une forme légitime de philanthropie ouvrirait la voie à des mesures de soutien institutionnel, à des incitations fiscales et surtout à une redéfinition de la contribution des Africains eux‑mêmes à leur développement. Pour elle, l’avenir du continent ne se façonnera pas seulement par l’aide étrangère, mais par l’investissement direct des Africains dans leurs familles, leurs communautés et leurs nations.














