Lors des Réunions annuelles 2025 de la Banque africaine de développement (BAD), organisées à Abidjan, les experts ont délivré un message clair : le numérique est une opportunité majeure pour l’Afrique. La digitalisation des systèmes fiscaux et administratifs pourrait générer d’énormes recettes, sans nécessairement augmenter les impôts. Selon Kevin Chika Urama, économiste en chef de la BAD, la numérisation des systèmes fiscaux à elle seule pourrait rapporter jusqu’à 125 milliards de dollars par an. Si l’on élargit cette digitalisation à l’ensemble des administrations publiques, ce sont potentiellement 687 milliards qui pourraient être mobilisés à l’échelle du continent.
Le numérique, en plus de moderniser les institutions, permet d’élargir l’assiette fiscale, de renforcer la transparence et de rétablir la confiance des citoyens. Cette approche est défendue par des figures comme Mary Baine, de l’Africa Tax Administration Forum, qui voit dans la digitalisation un outil d’équité et d’efficacité. La réussite repose cependant sur plusieurs leviers : une volonté politique affirmée, des infrastructures robustes, et surtout, des ressources humaines bien formées. C’est ce qu’a rappelé Yankuba Darboe, responsable de l’autorité fiscale gambienne, en insistant sur l’importance de l’accompagnement humain derrière les outils technologiques.
La Côte d’Ivoire, par la voix de Ouattara Sie Abou, a mis en avant la nécessité de bâtir des systèmes fiscaux justes, capables d’intégrer l’informel sans pénaliser les contribuables déjà en règle. De son côté, l’Union africaine, représentée par Patrick Olomo, a souligné l’urgence d’améliorer la mobilisation des ressources intérieures, bien en deçà de la moyenne mondiale. Des initiatives concrètes, comme celles de l’Ouganda où les recettes douanières ont bondi de 47 % grâce aux plateformes numériques, démontrent l’efficacité de ces réformes.
Enfin, les partenaires internationaux s’engagent également. La Finlande, par exemple, soutient l’intégration de l’intelligence artificielle dans les audits fiscaux et l’utilisation de plateformes mobiles pour les paiements. Des entreprises comme SENRI et FreeBalance rappellent que la technologie ne suffit pas : elle doit être conçue avec les utilisateurs, adaptée aux réalités locales et vectrice de confiance.
L’Afrique a donc toutes les cartes en main pour transformer son avenir fiscal. En modernisant ses systèmes avec des outils numériques adaptés, le continent peut bâtir une souveraineté financière solide, fondée sur ses propres ressources, et accélérer son développement économique de manière inclusive.














