La startup marocaine Chari, spécialisée dans la fintech et l’e-commerce B2B, vient de réaliser une double percée : une levée de fonds de 12 millions de dollars et l’obtention d’une licence d’institution de paiement délivrée par Bank Al-Maghrib, la banque centrale du Maroc. Ce succès fait de Chari l’une des premières jeunes pousses soutenues par le capital-risque à accéder à ce niveau d’autorisation réglementaire dans le pays.
Ce nouveau tour de table en série A, mené par SPE Capital et Orange Ventures, avec le soutien de plusieurs investisseurs internationaux, porte le financement total de la startup à 17 millions de dollars depuis sa création. Pour ses fondateurs, Ismael Belkhayat et Sophia Alj, c’est la confirmation d’un pari lancé en pleine mutation du secteur informel marocain : digitaliser les petits commerces tout en leur ouvrant l’accès aux services financiers.
Chari s’est imposée sur le marché en proposant une plateforme numérique qui relie les épiciers et petits détaillants aux fournisseurs de produits de grande consommation. Mais au-delà du simple rôle d’intermédiaire logistique, l’entreprise a développé un modèle de finance intégrée, permettant à ces commerçants d’accéder à des solutions de paiement, de microcrédit et désormais, à terme, à des services d’assurance et de cartes bancaires. La licence nouvellement obtenue lui permettra en effet de délivrer des IBAN marocains, de traiter des transferts d’argent et d’émettre des cartes de débit, posant ainsi les bases d’une véritable « super-app » destinée aux commerçants.
Forte de cette reconnaissance institutionnelle, Chari prévoit de franchir un cap supplémentaire en adoptant un modèle de type Banking-as-a-Service. L’idée est de mettre son infrastructure à disposition de partenaires tiers, qu’il s’agisse de banques, de startups ou d’entreprises souhaitant intégrer des services financiers dans leur offre. Cette ouverture stratégique s’inscrit dans une volonté plus large : celle de renforcer la digitalisation de l’économie informelle, d’élargir l’inclusion financière, et de faire du Maroc un tremplin vers d’autres marchés africains.
Le parcours de Chari illustre les mutations profondes que connaît l’écosystème entrepreneurial marocain, à la croisée de la tech, de la régulation et de l’impact social. En intégrant la finance au cœur du commerce de proximité, la startup pourrait bien redessiner les contours du secteur informel et créer un précédent pour d’autres jeunes pousses en Afrique francophone.














