L’Égypte entre officiellement dans l’ère de la banque digitale, mais cette ouverture tant attendue ne laisse pour l’instant aucune place aux startups. Le Qatar National Bank (QNB) Group, première institution financière du Moyen-Orient et d’Afrique, a obtenu l’approbation préliminaire de la Banque centrale égyptienne (CBE) pour lancer ezbank, une banque 100 % numérique dotée d’un capital de 4,5 milliards de livres égyptiennes, soit environ 95 millions de dollars.
QNB rejoint ainsi One Bank, projet porté par Banque Misr, qui avait amorcé sa création dès 2020. Contrairement aux attentes d’une révolution portée par des startups agiles et innovantes, la CBE a clairement fait le choix de confier ce nouveau marché aux mastodontes financiers. Une stratégie assumée, qui mise sur la stabilité, la solidité financière et l’expérience des institutions établies pour encadrer la transition numérique du secteur bancaire.
Ce choix n’est pas sans conséquence pour l’écosystème entrepreneurial local. Les critères imposés par le régulateur écartent de facto les nouveaux entrants. Pour obtenir une licence, une banque digitale doit justifier d’un capital minimum de 2 milliards de livres égyptiennes, soit 41 millions de dollars, et le double pour les établissements souhaitant financer des grandes entreprises. Plus décisif encore : l’actionnaire principal doit être un acteur financier ayant une expérience solide et détenir au moins 30 % du capital. Autant dire qu’aucune fintech indépendante ou start-up venture-backed ne peut, pour le moment, espérer franchir ce mur réglementaire.
Les deux premières banques digitales autorisées incarnent deux modèles bien distincts. D’un côté, ezbank bénéficiera de la puissance logistique, financière et technologique du groupe QNB, présent dans 28 pays. L’établissement prévoit une approche mobile-first, avec des services automatisés et dopés à l’intelligence artificielle. De l’autre, One Bank, malgré son adossement à Banque Misr, a mis plus de cinq ans à concrétiser sa vision. Dotée d’un conseil d’administration de haut niveau, elle a repoussé à 2026 sa mise en service initialement prévue en 2024, preuve des difficultés que représente le lancement d’une banque numérique entièrement régulée, même pour une institution publique.
Le potentiel est immense. L’Égypte abrite une population jeune, de plus en plus connectée, et encore largement sous-bancarisée. Le succès d’initiatives comme Telda ou Nexta montre l’appétit du public pour des solutions financières mobiles, bien qu’elles restent cantonnées aux services de paiement, sans licence bancaire complète. C’est là que les nouvelles banques digitales, comme ezbank et One Bank, ont une carte à jouer : offrir des services bancaires complets et digitaux, dans un format adapté aux usages de demain.
Mais rien n’est encore gagné. Ces nouveaux venus devront prouver qu’ils peuvent conjuguer l’agilité du numérique avec la rigueur du secteur bancaire. Le marché égyptien attend plus que des promesses : il veut des applications fluides, des produits bancaires accessibles et une expérience client radicalement transformée. La bataille ne fait que commencer, et elle ne se jouera plus dans les bureaux des régulateurs, mais dans les smartphones de millions d’Égyptiens.














