Le Sénégal amorce une transformation majeure de son système fiscal en s’appuyant sur l’économie numérique pour renforcer ses recettes publiques. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dévoilé un plan qui ambitionne de mobiliser plus de 2 111 milliards de FCFA entre 2025 et 2028, en élargissant l’imposition à de nouvelles activités digitales jusqu’ici largement non taxées.
Parmi les principales sources identifiées, les jeux de hasard et les paris en ligne occupent une place centrale. Avec la démocratisation du mobile money et l’explosion des plateformes accessibles via smartphone, ce secteur a connu une croissance fulgurante. Jusqu’ici, il évoluait souvent en marge du système fiscal, mais le gouvernement entend désormais l’intégrer pleinement pour qu’il contribue à hauteur de son poids économique.
Le mobile money lui-même représente un autre gisement important. Les transactions marchandes effectuées par ce biais devraient rapporter près de 130 milliards de FCFA au fisc sur la période. L’État souhaite ainsi taxer plus systématiquement les flux financiers traités par les opérateurs télécoms et fintechs locales, afin d’instaurer une équité avec les banques traditionnelles.
La réforme s’attaque également aux revenus générés par la publicité numérique. De grandes plateformes internationales comme Google, Meta ou TikTok captent une part importante des budgets publicitaires sénégalais, sans disposer de représentation fiscale dans le pays. L’objectif est donc de mettre en place des mécanismes permettant à l’État de percevoir une juste part de ces revenus, à l’instar de ce qui se fait dans plusieurs autres régions du monde confrontées au même défi d’évasion fiscale.
Les services de vidéo à la demande, tels que Netflix ou YouTube Premium, ainsi que les influenceurs digitaux, sont aussi concernés. Ces derniers génèrent des revenus substantiels à travers les contrats de sponsoring, les placements de produits ou les abonnements en ligne. Leur contribution fiscale est désormais jugée nécessaire pour moderniser le système et assurer une meilleure justice contributive.
À travers cette réforme, le Sénégal souhaite élargir sa base fiscale sans accroître la pression sur les secteurs traditionnels. Mais de nombreuses questions demeurent : comment taxer efficacement des entreprises qui n’ont pas de présence locale ? Quels mécanismes permettront de protéger le pouvoir d’achat des usagers les plus jeunes et les plus connectés ? Et surtout, comment garantir que les recettes supplémentaires profiteront réellement aux priorités sociales et économiques du pays ?
En dépit de ces interrogations, le gouvernement affiche clairement son ambition de bâtir un modèle fiscal innovant, en phase avec la numérisation rapide de l’économie et aligné sur les standards internationaux. Si elle est mise en œuvre avec transparence et efficacité, cette stratégie pourrait faire du Sénégal un pionnier africain en matière de fiscalité numérique.














