Le 14 octobre 2025 marque une date clé pour la modernisation administrative du Sénégal. L’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP) a lancé la phase pilote de la plateforme APPEL (Achats Publics en Procédures Électroniques), un outil numérique qui ambitionne de transformer en profondeur le système de passation des marchés publics. Ce projet s’inscrit dans le cadre du “New Deal Technologique”, la stratégie nationale de numérisation qui prévoit la digitalisation de 90 % des services publics à l’horizon 2034.
Pensée comme une réforme systémique, APPEL permet de gérer l’intégralité du cycle de passation des marchés — depuis la publication des appels d’offres jusqu’à l’attribution des contrats — à travers un dispositif électronique sécurisé, traçable, modulaire et conforme aux standards internationaux. Cette innovation vise à renforcer la transparence, lutter contre la fraude, réduire les délais et améliorer la compétitivité entre les entreprises.
Pour Moustapha Djitté, directeur général de l’ARCOP, il s’agit d’un chantier stratégique longuement préparé, mobilisant des réunions techniques hebdomadaires depuis un an. Inspirée par les modèles de pays comme le Maroc, le Rwanda ou l’île Maurice, la plateforme est conçue pour s’interfacer avec les autres bases de données de l’État, notamment celles du Trésor public, de l’administration fiscale ou encore du registre de commerce. Ce maillage permettra de fluidifier les contrôles, d’assurer la traçabilité des transactions et de disposer d’indicateurs fiables en temps réel.
Le gouvernement espère tirer des bénéfices concrets de cette réforme : des économies budgétaires importantes, une réduction drastique des délais de traitement, et un climat de confiance renforcé auprès des investisseurs et des partenaires au développement. À terme, la plateforme pourrait générer jusqu’à 300 milliards de FCFA d’économies annuelles, selon les projections de l’ARCOP.
La phase pilote concernera dans un premier temps cinquante entités publiques sélectionnées. L’objectif est de tester les fonctionnalités de la plateforme, former les agents concernés et affiner les processus avant un déploiement généralisé prévu pour janvier 2026. En parallèle, des formations massives sont planifiées à destination de milliers d’agents publics et d’opérateurs économiques, afin d’assurer une appropriation effective de l’outil sur tout le territoire.
Outre la modernisation des procédures, APPEL introduit également un volet analytique puissant, intégrant des technologies de business intelligence pour mesurer en temps réel les performances du système, la participation des entreprises, ou encore les délais d’attribution. Ces données permettront non seulement d’améliorer la prise de décision, mais aussi de renforcer la redevabilité de l’administration.
Néanmoins, la réussite du projet dépendra largement de l’adhésion des usagers, de la robustesse des infrastructures numériques, et de la capacité de l’État à accompagner la transition, notamment auprès des petites entreprises encore peu familiarisées avec les outils digitaux.
Le Sénégal pose ainsi les jalons d’un écosystème de commande publique modernisé, plus juste et plus efficace. Si le projet atteint ses objectifs, il pourrait inspirer d’autres pays africains en quête de transparence et d’efficience dans la gestion des fonds publics.














