Le séisme provoqué par le retrait soudain d’Uber du marché nigérian le 2 septembre dernier fait une première victime collatérale de taille. Fondée à Lagos en 2020 pour financer les véhicules des chauffeurs VTC grâce à leurs revenus générés sur la plateforme américaine, la pépite Moove envisage désormais très sérieusement de fermer ses activités dans le pays. La disparition du géant mondial du VTC après 12 ans de présence rend le modèle économique originel de Moove intenable localement, laissant des centaines de chauffeurs endettés dans une impasse financière et privant la startup de son principal levier de recouvrement.
Ce retrait potentiel du Nigeria intervient toutefois dans un contexte paradoxal de croissance insolente pour l’entreprise. Valorisée à 2,1 milliards de dollars après une levée de fonds de 250 millions de dollars en série C bouclée en août 2026, Moove s’est progressivement métamorphosée en géant mondial des infrastructures de mobilité. Aujourd’hui implantée au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis, en Inde et aux États-Unis — où elle gère notamment des flottes de véhicules autonomes pour Waymo —, la société réalise que le marché nigérian ne représente plus le cœur de son avenir financier.
L’ironie est saisissante : la startup s’apprête à abandoned le laboratoire de Lagos où son modèle a vu le jour, au moment même où ses ambitions globales s’éloignent du financement de chauffeurs indépendants pour se concentrer sur la gestion d’infrastructures automatisées. Cette retraite stratégique souligne la vulnérabilité du crédit à la consommation dans la gig economy africaine, où la viabilité des financements reste entièrement dépendante de la santé et du maintien des grands donneurs d’ordres technologiques.














