Le 1er juin 2026, à l’occasion de la 6e édition de l’African Digital Week (ADW) organisée au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, la Côte d’Ivoire a dévoilé sa nouvelle feuille de route technologique. Placée sous le thème évocateur des « technologies émergentes : façonner l’Afrique de demain », cette présentation par le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, marque un tournant décisif. Alors que la stratégie 2021-2025 touche à sa fin, la vision 2035 propose un changement de paradigme : il ne s’agit plus seulement de connecter le pays, mais de bâtir une véritable économie de l’innovation structurée et sécurisée.
Bilan 2021-2025 : Des fondations solides mais encore perfectibles
Pour évaluer la pertinence de cette nouvelle stratégie, il convient d’abord d’analyser le chemin parcouru. Le plan 2021-2025 a incontestablement rempli son contrat sur le volet infrastructurel et l’accès de base. L’accélération des investissements a généré des résultats quantitatifs indéniables :
Téléphonie mobile : Les abonnements ont connu une croissance spectaculaire, passant d’environ 44 millions en 2021 à plus de 60 millions en 2025.
Internet mobile : Le pays a atteint 38,5 millions d’abonnements en 2025, portant le taux de pénétration de l’internet aux alentours de 41 %.
E-Gouvernement : La dématérialisation des démarches (secteurs fiscal, civil, économique) a propulsé le score ivoirien dans l’Indice de développement de l’e-gouvernement (EGDI) des Nations unies de 0,4457 en 2020 à 0,5587 en 2024.
Cependant, cette phase intensive d’équipement a également mis en lumière ses propres limites, illustrées par la persistance de disparités sociales et géographiques face à l’accès au numérique. C’est sur ce constat que la stratégie 2035 doit opérer sa mue.
Cap sur 2035 : L’intégration vitale des technologies émergentes
La nouvelle feuille de route dévoilée à Abidjan est structurée de manière pragmatique autour de 7 piliers majeurs, eux-mêmes déclinés en 40 projets structurants. Si l’amélioration continue de la connectivité et la transformation de l’administration publique demeurent au cœur du dispositif, on note une évolution stratégique forte vers la maturité numérique :
Intelligence Artificielle et Innovation : Le pays souhaite consolider un écosystème d’innovation compétitif en promouvant activement l’IA, refusant ainsi le statut de simple consommateur technologique.
Cybersécurité et Confiance numérique : Face à l’accroissement des données sensibles en ligne, la sécurité devient une priorité pour garantir l’efficacité et la sûreté de l’action publique.
Développement des compétences : Ce pilier actera la transition vers le capital humain, condition sine qua non pour soutenir les ambitions technologiques du pays.
Modernisation institutionnelle : La stratégie cible spécifiquement la modernisation de la Poste de Côte d’Ivoire, démontrant une volonté de digitaliser les acteurs historiques de l’État.
L’enjeu macro-économique : De 6 % à 15 % du PIB
Le succès de cette stratégie d’ici 2035 se mesurera à son impact macro-économique direct. Actuellement, le secteur numérique représente près de 6 % du produit intérieur brut (PIB) ivoirien. Le gouvernement table sur une accélération fulgurante pour atteindre 15 % du PIB à l’horizon 2030. Dans une perspective de plus long terme, la Banque mondiale estime même que l’économie numérique ivoirienne pourrait générer plus de 20 milliards de dollars d’ici 2050.
Toutefois, cette manne économique ne se concrétisera qu’à la condition d’un renforcement soutenu des investissements. L’implication du secteur privé sera le véritable moteur de cette transition, une dynamique déjà amorcée lors de l’ADW co-organisée par le patronat ivoirien (CGECI), l’UNETEL, le GOTIC et le Club DSI, et soutenue par des acteurs comme SONEC AFRICA qui s’est engagé à accompagner l’événement sur les cinq prochaines années.
En conclusion
La Stratégie Numérique 2035 de la Côte d’Ivoire apparaît comme une évolution mesurée et cohérente. Elle tire intelligemment les leçons de la période 2021-2025 : l’infrastructure brute a fait son œuvre, place désormais à la valeur ajoutée (IA, cybersécurité, compétences). Le défi majeur pour le gouvernement ivoirien dans la prochaine décennie consistera à exécuter ces 40 projets avec la rigueur nécessaire pour gommer les fractures numériques existantes et faire du digital le véritable moteur de l’économie nationale.














