En Afrique subsaharienne, plus de 600 millions de personnes vivent sans électricité fiable et quelque 300 millions restent connectés numériquement, ce qui freine l’éducation, l’entrepreneuriat et l’inclusion économique. Dans ce contexte, une nouvelle génération d’innovatrices africaines apporte des solutions locales pour combler ces importantes lacunes. À la tête de cette révolution figure Ochieng Quinter, fondatrice de Chargebyte, une entreprise kényane qui transforme l’accès à l’électricité et à la connectivité dans les communautés d’Afrique de l’Est.
Quinter a constaté que la majorité des solutions existantes dépendaient de technologies importées coûteuses, ce qui alourdissait les budgets locaux et limitait leur durabilité. Cette observation l’a poussée à se demander si l’Afrique ne pourrait pas développer et fabriquer elle‑même ses propres technologies. Animée par cette vision, elle a fait de Chargebyte un exemple d’innovation menée par des Africains.
Chargebyte installe des stations hybrides solaires de recharge et de Wi‑Fi dans des zones urbaines et périurbaines du Kenya et du Rwanda. Chaque station peut desservir entre 200 et 500 personnes par jour, offrant une charge de téléphone fiable et un accès Internet là où ces services font le plus défaut. En utilisant des technologies fabriquées localement, l’entreprise a pu réduire les coûts de 30 à 40 % par rapport aux solutions importées, rendant son modèle plus accessible et durable.
Le modèle économique de Chargebyte est diversifié. Chaque station génère entre 350 et 750 dollars par mois grâce aux frais de recharge, aux partenariats B2B avec des commerces, aux contrats gouvernementaux et à la publicité d’impact. La technologie est équipée de capteurs IoT qui suivent en temps réel chaque session de recharge et connexion, fournissant des données précises sur l’utilisation et permettant une maintenance prédictive. Cela transforme Chargebyte en une plateforme non seulement matérielle mais aussi analytique, capable de mesurer et d’optimiser son impact social.
La start‑up a établi des partenariats stratégiques avec des gouvernements locaux, des ministères nationaux et des acteurs du secteur privé. Les autorités locales collaborent pour installer des stations à grande échelle dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD), en particulier les ODD 7 (énergie propre), 9 (infrastructures) et 10 (réduction des inégalités). Des boutiques, des restaurants et des gares accueillent également ces stations grâce à des accords B2B, tandis que des organisations de développement utilisent les données vérifiées de Chargebyte pour renforcer leur engagement communautaire.
La vision de Quinter ne se limite pas au Kenya. Chargebyte prévoit d’installer plus de 500 stations dans trois pays d’ici 18 mois, avec l’objectif d’atteindre plus de 2 000 stations dans 5 à 7 pays africains au cours des trois prochaines années. Des voyages récents en Europe ont ouvert des opportunités pour attirer des investissements d’impact et établir des partenariats pour le transfert de technologie, accélérant ainsi cette expansion.
Avec une trajectoire claire vers la rentabilité et un taux de rendement interne de 25 à 35 % pour les investisseurs, Chargebyte illustre qu’il est possible de concilier impact social et viabilité économique. Les stations ont un impact tangible : les étudiants bénéficient d’un Internet fiable pour leurs études, les petites entreprises restent ouvertes malgré les coupures de courant et les familles restent connectées. Chaque station devient un véritable hub communautaire qui alimente à la fois en énergie et en information.
En générant des emplois qualifiés dans l’assemblage, la maintenance de terrain et le développement IoT, Chargebyte stimule aussi les économies locales. En combinant rentabilité et impact social, cette start‑up montre que même les défis les plus pressants de l’Afrique peuvent être relevés par des solutions locales, durables et orientées vers le marché.














