Le Salon international des professionnels de l’économie numérique de l’UEMOA (SIPEN-UEMOA) a ouvert ses portes ce mercredi à Lomé, transformant la capitale togolaise en carrefour de l’innovation technologique sous-régionale. Pendant trois jours, startups, développeurs et acteurs du numérique venus de toute l’Afrique de l’Ouest présentent leurs solutions pour façonner le futur digital du continent. Et parmi les innovations qui font parler d’elles, une intelligence artificielle locale attire tous les regards : Yodi, développée par la startup togolaise Umbaji.
Pensée comme un pont entre les langues officielles et les langues locales, Yodi est capable de traduire textes et messages vocaux du français et de l’anglais vers des langues togolaises comme l’Ewé, le Mina, le Kabyè ou encore le Tem. Le projet, porté par le jeune développeur Justin Bakoubolo et son équipe, s’attaque de front à l’une des principales barrières de la transformation numérique en Afrique : l’accès à l’information pour les locuteurs des langues locales. Grâce à son intégration dans WhatsApp, Yodi rend la technologie accessible sans nécessiter de compétences particulières en informatique.
Mais cette IA ne se contente pas de traduire. Elle joue aussi le rôle d’assistant personnel. Dans le domaine de la santé, par exemple, elle peut rappeler aux patients l’heure de prise de leurs médicaments. Dans l’éducation, elle aide à l’apprentissage des langues locales. Et dans l’agriculture ou la finance, elle transmet des informations essentielles, traduites dans une langue que les utilisateurs comprennent réellement.
L’équipe d’Umbaji ne travaille pas seule. Pour enrichir les capacités linguistiques de Yodi, elle a établi des collaborations au Ghana, au Bénin et au Nigeria. Ce travail collectif, ancré dans une logique open source, permet de constituer une base de données qui reflète les réalités culturelles et linguistiques de la région. Umbaji a aussi fait le choix stratégique de développer son propre modèle d’IA, adapté aux besoins locaux plutôt que calqué sur des solutions importées.
Leur ambition dépasse largement le cadre d’une application technologique. Umbaji veut démocratiser l’intelligence artificielle et la robotique pour les mettre au service des communautés africaines, stimuler un développement endogène et encourager l’émergence d’une économie circulaire locale. Mais comme toute jeune entreprise technologique, elle est confrontée à des défis, notamment financiers. Le SIPEN-UEMOA est donc pour elle une opportunité de taille pour séduire investisseurs et partenaires stratégiques.
L’édition 2025 du salon, placée sous le thème « L’humain au centre de la transformation numérique dans l’espace UEMOA », ne pouvait trouver meilleure illustration que cette innovation. En redonnant une place centrale aux langues locales et donc aux populations souvent oubliées des grands bouleversements technologiques, Umbaji prouve qu’une autre IA est possible : plus proche, plus humaine et profondément africaine.














