En Afrique de l’Est, une révolution silencieuse s’accélère sur deux roues. Ampersand, entreprise pionnière de la mobilité électrique née entre le Rwanda et le Kenya, a décidé de changer d’échelle. Après des années à concevoir ses propres motos électriques, batteries et stations d’échange, elle fait aujourd’hui un pari audacieux : ouvrir son réseau de batteries échangeables à tous les fabricants de motos électriques respectant ses normes techniques. En d’autres termes, elle ne veut plus simplement construire des véhicules, mais devenir la colonne vertébrale énergétique de l’électromobilité africaine.
Cette décision stratégique change radicalement la dynamique du marché. Dans un continent où plus de 27 millions de motos circulent, dont deux millions rien qu’au Kenya, la question cruciale n’est pas seulement celle du design ou des performances. Pour les chauffeurs, qui utilisent leurs motos pour vivre, ce qui compte, c’est la rentabilité : pouvoir rouler toute la journée à moindre coût, sans immobilisation prolongée. C’est là qu’Ampersand intervient, en fournissant une solution de recharge instantanée par échange de batterie, opérationnelle en quelques minutes.
Le modèle fonctionne déjà. Chaque jour, plus de 20 000 échanges sont réalisés dans les swap-stations d’Ampersand, réparties entre Kigali et Nairobi. À deux dollars l’échange, les utilisateurs parcourent environ 80 kilomètres, tout en réduisant leurs coûts de carburant d’environ 35 %. Pour des conducteurs qui dépensaient jusqu’à 1 000 dollars par an en essence, l’économie est immédiate et substantielle.
Mais la vision d’Ampersand va bien au-delà. Son objectif est de densifier le réseau avec 50 à 60 stations par ville, capables de desservir jusqu’à 150 000 motos. Cette infrastructure, selon le fondateur Josh Whale, pourrait devenir plus importante que la production de motos elle-même. Il n’hésite d’ailleurs pas à évoquer des partenariats avec d’autres constructeurs comme Roam ou Spiro, qui pourraient eux aussi intégrer le réseau, au lieu de rester dans une logique concurrentielle.
Ce tournant marque une étape-clé dans la transition énergétique du continent. En plaçant l’infrastructure énergétique au cœur de sa stratégie, Ampersand pose les bases d’un écosystème ouvert, collaboratif, et surtout scalable. Plus les constructeurs y adhèrent, plus l’adoption des véhicules électriques pourra s’accélérer. Et à terme, c’est tout un modèle de mobilité, plus propre, plus fiable et plus économique, qui pourrait émerger au cœur des grandes villes africaines.














