Le 2 septembre 2026, Uber a annoncé l’arrêt immédiat de ses activités au Nigeria et en Ouganda. La nouvelle a surpris peu d’observateurs du secteur, mais elle marque tout de même un tournant : le Nigeria était, depuis 2014, l’un des marchés historiques du VTC (véhicule de transport avec chauffeur) sur le continent africain. Douze ans après son lancement à Lagos, l’application au logo noir disparaît des téléphones nigérians.
Une décision qui dépasse le Nigeria
Ce retrait ne s’explique pas uniquement par des difficultés locales. Il s’inscrit dans une restructuration mondiale bien plus large : Uber a annoncé, le même jour, la suppression de 3 300 postes, soit environ 10 % de ses effectifs — la coupe la plus importante depuis la pandémie de Covid-19. Dans une note interne, le directeur général Dara Khosrowshahi a justifié ce choix par la volonté de « simplifier les structures » de l’entreprise et de concentrer les investissements sur ce qu’il appelle son « avenir autonome », en clair : les robotaxis. Uber met actuellement près de 10 milliards de dollars sur la table pour rester dans la course face à Waymo (Google) et Tesla sur ce segment.
Le Nigeria et l’Ouganda font donc les frais d’un recentrage décidé au siège, à San Francisco, plus que d’un simple échec local. Uber précise que la décision « se limite strictement à ces deux marchés » et ne remet pas en cause ses opérations ailleurs sur le continent, où l’entreprise dit rester « profondément engagée ». Elle a aussi démenti tout lien avec la récente directive de l’autorité aéroportuaire nigériane (FAAN) sur les VTC dans les aéroports.
Ce que cela change pour les chauffeurs et les usagers
Concrètement, l’application a cessé de fonctionner dès l’annonce. Un service d’assistance reste disponible pendant 21 jours, jusqu’au 23 septembre, pour traiter les réclamations des chauffeurs et des passagers. Uber dit accompagner ses équipes locales dans la transition et a présenté ses excuses pour la gêne occasionnée — sans détailler publiquement les modalités d’indemnisation des chauffeurs, dont beaucoup dépendaient de la plateforme comme source de revenu principale.
Ce retrait n’est pas isolé. Uber avait déjà quitté la Côte d’Ivoire en 2025, puis la Tanzanie en février 2026. L’entreprise ne conserve plus, en Afrique, que quatre marchés : l’Égypte, le Ghana, le Kenya et l’Afrique du Sud.
Un marché fragilisé par des tensions structurelles
Derrière la communication officielle, plusieurs signaux pointaient déjà vers des difficultés bien réelles. Le marché nigérian du VTC, évalué à environ 450 millions de dollars en 2025, restait pourtant attractif sur le papier. Mais il est miné par la hausse du prix du carburant, l’inflation, l’instabilité de la monnaie locale et des tensions persistantes sur les revenus des chauffeurs — au point qu’une grève coordonnée avait éclaté en mars 2026 pour réclamer de meilleures conditions.
Qui va récupérer les chauffeurs et les usagers ?
Le vide laissé par Uber ne devrait pas durer longtemps. Bolt, qui affirme n’avoir « aucun projet de départ », apparaît comme le principal bénéficiaire naturel de la situation, avec une base de chauffeurs déjà bien implantée. inDrive, dont le modèle repose sur une négociation du prix directement entre chauffeur et passager, pourrait séduire une clientèle sensible au pouvoir d’achat. Des acteurs locaux comme LagRide, soutenu par l’État de Lagos, ou la plateforme nigériane Rida, ont aussi une carte à jouer.
Mais attirer les chauffeurs d’Uber ne suffira pas : il faudra leur offrir des conditions réellement viables, dans un secteur aux marges de plus en plus étroites. À court terme, une bataille commerciale — promotions, primes, baisses de tarifs — s’annonce entre les plateformes restantes pour récupérer les parts de marché laissées vacantes.
Ce qu’il faut retenir
Le départ d’Uber du Nigeria illustre une tendance plus large : les grandes plateformes internationales réévaluent, marché par marché, la rentabilité de leur présence en Afrique, et n’hésitent plus à se retirer quand les chiffres ne suivent pas — même après plus d’une décennie de présence. Pour les chauffeurs et les usagers nigérians, la transition s’annonce rapide et sans filet ; pour les concurrents restants, une opportunité de conquérir un marché de plusieurs centaines de millions de dollars, à condition de ne pas reproduire les mêmes fragilités.














