Le 15 juillet 2025, dans le cadre du premier Forum francophone sur la gouvernance du numérique et de l’intelligence artificielle tenu à Genève, le ministre gabonais de l’Économie numérique, Mark Alexandre Doumba, a livré un discours lucide et percutant. À travers son intervention, il a mis en lumière les freins structurels, socioculturels et générationnels qui entravent l’adoption et la régulation des technologies émergentes dans les pays africains francophones.
Le Forum, organisé les 5 et 6 juillet par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en collaboration avec des partenaires internationaux, a rassemblé plus de 50 délégations. L’objectif affiché : repenser l’inclusion numérique, la diversité culturelle et la souveraineté technologique dans l’espace francophone.
Au nom du Gabon, Mark Alexandre Doumba n’a pas mâché ses mots. « Nous sommes dans des sujets où les puissances mondiales avancent déjà sur les agents de l’IA, le quantum computing et d’autres technologies émergentes, pendant que nous, malgré notre bonne volonté, sommes rattrapés par certaines réalités de base », a-t-il déclaré. Ces « réalités de base » englobent notamment le manque d’équipements, un faible taux d’alphabétisation technologique et des pesanteurs culturelles qui freinent l’innovation.
Selon lui, l’un des obstacles majeurs est le décalage générationnel. Il distingue trois grandes générations : celle encore rurale, celle ayant migré vers les villes et occupant aujourd’hui les postes de décision, et celle née dans l’univers numérique. Ce fossé explique, selon le ministre, la lenteur dans la prise de décisions technologiques et l’incapacité à intégrer les innovations dans les systèmes de production.
Ce plaidoyer va bien au-delà de l’école. Mark Alexandre Doumba appelle à des investissements ciblés dans la formation continue, la sensibilisation et l’éducation numérique, y compris au sein des administrations et du secteur privé. Une approche qu’il juge essentielle pour que les politiques publiques soient à la hauteur des défis.
Cette intervention a résonné comme un appel à la réalité au sein d’un Forum largement dominé par les discours sur l’avenir technologique. À la veille du WSIS+20 et du Sommet mondial de l’IA pour le bien commun, le Gabon a choisi de rappeler que le progrès ne peut faire abstraction des contextes locaux et des freins internes. Il en va de la crédibilité de la gouvernance numérique africaine dans un monde où les lignes bougent vite.














