C’est un pas historique que viennent de franchir vingt-et-un pays africains à Hanoï, au Vietnam, en signant la toute première Convention des Nations unies contre la cybercriminalité. Réunis les 25 et 26 octobre 2025 dans la capitale vietnamienne, les États membres de l’ONU ont participé à une cérémonie officielle où 72 pays ont apposé leur signature sur ce nouveau cadre international. Parmi eux, l’Afrique s’est largement mobilisée avec des représentants venus du nord, de l’ouest, du centre et du sud du continent.
La Convention, adoptée en décembre 2024 à l’unanimité des 193 États membres, est le fruit de cinq années de négociations intenses, intégrant la voix de la société civile, des experts en cybersécurité, du monde académique et du secteur privé. Elle entend poser les fondations d’une coopération globale face à la montée rapide des menaces numériques, notamment dans les pays en développement.
Pour le continent africain, particulièrement vulnérable en raison d’une croissance rapide de la connectivité et d’une adoption massive du numérique (banque mobile, e-commerce, services publics en ligne), cet accord marque une avancée stratégique. Il vise à améliorer la collecte, le partage et l’utilisation de preuves électroniques dans les enquêtes criminelles, à criminaliser des actes comme la fraude en ligne, la diffusion non consensuelle d’images intimes, ou encore la sollicitation de mineurs à des fins sexuelles via Internet. Il prévoit aussi la création d’un réseau de coopération opérationnel 24h/24 et 7j/7 entre les États.
António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a salué cet engagement mais a appelé à transformer les signatures en actions concrètes. La Convention ne pourra entrer en vigueur qu’après sa ratification par au moins 40 pays. Guterres a insisté sur l’urgence de cette ratification, assortie d’investissements en formation, technologies et accompagnement pour les États les plus exposés.
Malgré cette dynamique, le texte n’est pas exempt de critiques. Plusieurs ONG de défense des droits humains, ainsi que des entreprises technologiques comme Meta et Dell, alertent sur les risques de dérives autoritaires. Elles craignent que certaines dispositions puissent être utilisées pour justifier des mesures de surveillance excessives ou pour cibler abusivement des chercheurs en cybersécurité ou des opposants politiques.
Du côté africain, les pays signataires — dont l’Algérie, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, la RDC ou encore l’Afrique du Sud — envoient néanmoins un message clair : l’Afrique ne veut plus être une zone grise en matière de cybersécurité. Alors que les pertes économiques liées aux cyberattaques dépasseraient les 3 milliards de dollars sur le continent entre 2019 et 2025 selon Interpol, l’adoption de ce cadre commun marque une étape nécessaire pour faire face, ensemble, à des menaces qui ignorent les frontières.














