Alors que l’économie numérique africaine connaît une croissance fulgurante, portée par les progrès du mobile money, de la fintech et des services publics digitalisés, elle devient aussi un champ de bataille pour une nouvelle génération de fraudeurs. Le dernier rapport de Sumsub sur la fraude identitaire en Afrique pour 2025–2026 alerte sur une évolution préoccupante : l’explosion des fraudes utilisant des technologies de deepfake.
Dans certains pays comme la République démocratique du Congo, le Malawi ou encore la Tanzanie, les tentatives de fraude par deepfake ont augmenté de plus de 300 % en un an. À titre d’exemple, au Kenya, ces manipulations numériques représentent déjà près de 10 % de toutes les fraudes recensées, malgré une baisse globale des attaques. Ce changement marque un basculement important : les deepfakes ne sont plus une curiosité technologique réservée aux experts. Ils sont désormais intégrés dans les scénarios quotidiens de fraude, souvent dissimulés sous d’autres catégories tant leur réalisme complique la détection automatisée.
Pour Tom Schoon, responsable des partenariats Afrique chez Sumsub, cette montée en puissance est directement liée à l’expansion rapide du digital sur le continent, souvent sans dispositifs de sécurité à la hauteur. Les systèmes de vérification, encore fragiles dans de nombreux secteurs, laissent la porte ouverte à des attaques sophistiquées, notamment dans les zones où l’adoption numérique dépasse la capacité des institutions à réguler.
Le rapport révèle aussi que 91 % des utilisateurs interrogés dans la région ont déjà été exposés à des contenus de type deepfake, et qu’une personne sur cinq a été directement ciblée. Près d’un quart des répondants n’est pas capable de faire la différence entre un vrai visage et une imitation numérique. Cette vulnérabilité technique et cognitive fait des économies africaines des cibles de choix pour les fraudeurs exploitant l’intelligence artificielle générative.
Pourtant, l’étude montre aussi que certains pays, à l’image de l’Afrique du Sud, du Kenya et de l’Algérie, parviennent à contenir cette menace grâce à des stratégies robustes. Le renforcement des réglementations, la mise en œuvre de systèmes d’identification biométrique et le durcissement des mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent ont permis de limiter l’impact des fraudes classiques, tout en amorçant une réponse aux menaces plus complexes.
Selon Andrew Sever, PDG de Sumsub, le monde est en train d’assister à une transformation radicale de la fraude. L’intelligence artificielle ne rend pas la fraude plus fréquente, mais bien plus intelligente, précise-t-il. Les attaques deviennent plus ciblées, plus difficiles à détecter, et requièrent une réponse à la fois humaine, algorithmique et préventive. Pour les entreprises, l’enjeu n’est plus seulement de se défendre, mais de le faire assez vite pour garder une longueur d’avance.














