Le 22 octobre 2025, lors du Mobile World Congress (MWC25) de Kigali, un événement marquant a eu lieu : le lancement officiel de la toute première Taskforce panafricaine dédiée à la protection des enfants en ligne. Cette initiative, baptisée « Africa Taskforce on Child Online Protection », a été créée par l’UNICEF et la GSMA, en collaboration avec des partenaires majeurs comme MTN, Vodacom, Orange, Safaricom, Axian Telecom, INTERPOL, ou encore l’Internet Watch Foundation et le Centre international pour les enfants disparus et exploités (ICMEC).
Cette taskforce répond à une urgence croissante : les enfants africains se connectent à internet plus vite que partout ailleurs dans le monde, souvent via des smartphones. Cette explosion de la connectivité s’accompagne de dangers grandissants : exploitation en ligne, cyberharcèlement, désinformation, exposition à des contenus violents ou inappropriés. Des plateformes populaires comme Roblox ou TikTok, autrefois perçues comme des espaces de jeu ou de divertissement, sont aujourd’hui détournées par des prédateurs.
Etleva Kadilli, directrice régionale de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Est et australe, a souligné l’importance d’agir maintenant. Pour elle, il est impératif que le numérique soit une force de développement et non une menace : « La technologie doit ouvrir des portes, pas créer des pièges. »
La taskforce se veut un espace de collaboration panafricaine. Elle réunira non seulement les opérateurs et entreprises tech, mais aussi les gouvernements, les régulateurs et la société civile. L’objectif est de bâtir une gouvernance numérique responsable, qui met la sécurité des enfants au cœur de la transformation digitale du continent. Caroline Mbugua, directrice des politiques publiques pour GSMA Afrique, insiste : « Nous ne nous contenterons plus de stratégies, il faut de l’action. »
Certains pays, comme l’Afrique du Sud, prennent déjà les devants. Le gouvernement y prépare une réglementation qui imposera des systèmes de vérification d’âge sur les plateformes vidéo et les réseaux sociaux, pour limiter l’exposition des mineurs à des contenus sensibles.
Ce mouvement collectif marque un tournant pour l’Afrique. À l’heure où plus de la moitié de la population du continent a moins de 18 ans, garantir leur sécurité en ligne devient un enjeu de société fondamental. L’initiative pourrait faire de l’Afrique un leader mondial de la gouvernance numérique centrée sur l’enfant, à condition que l’engagement affiché se traduise en actions concrètes, visibles et durables.














