En Afrique subsaharienne francophone, l’innovation technologique ne manque ni de talents, ni d’idées. Ce qui fait défaut, selon un rapport publié en novembre 2025 par Ernst & Young (EY), c’est une véritable cohésion entre les différents acteurs de l’écosystème tech. Intitulée « Weak Ecosystem Cohesion Holds Back Tech Innovation in Francophone SSA », l’étude met en lumière un dysfonctionnement structurel : au lieu de collaborer, startups, universités, investisseurs et décideurs politiques opèrent chacun de leur côté, sans synergie, sans plateforme de dialogue, et sans vision partagée.
Cette fragmentation se traduit par des dynamiques isolées, où les efforts individuels peinent à se transformer en avancées collectives. Selon l’enquête menée par EY, plus de 70 % des répondants pointent l’absence d’une culture de la coopération, et près des deux tiers soulignent le manque de structures ou d’espaces d’échange. Résultat : les innovations restent cloisonnées, les projets n’atteignent pas leur plein potentiel, et les initiatives gouvernementales ne sont que partiellement efficaces.
La situation varie selon les pays, mais même dans les nations réputées les plus dynamiques, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, une part significative des acteurs déplore un manque de coordination. Dans d’autres pays comme le Niger, la Guinée ou la République démocratique du Congo, les écosystèmes sont encore plus faibles, faute d’infrastructures, d’institutions dédiées ou de réseaux formels. Il ne s’agit pas uniquement d’un problème d’investissement ou de moyens techniques, mais d’un manque de dialogue et de structuration globale.
Face à ce constat, EY recommande de repenser en profondeur les stratégies de développement numérique en Afrique francophone. Il s’agit d’abord de mettre en place des mécanismes de gouvernance partagée, capables d’harmoniser les efforts entre secteur privé, institutions académiques et État. Il est aussi essentiel de stimuler la demande locale pour les innovations technologiques, dans des secteurs prioritaires comme l’agriculture, la santé ou l’éducation, pour ancrer l’innovation dans les réalités sociales. Enfin, le renforcement des réseaux d’incubateurs, de hubs technologiques et la création de fonds publics ciblés pourraient jouer un rôle catalyseur.
L’enjeu est de taille. Une meilleure cohésion pourrait transformer cette région en pôle d’innovation reconnu, créer des milliers d’emplois et accélérer la résolution de problèmes critiques par des solutions locales. Pour cela, il ne suffit plus de multiplier les startups, mais de construire un véritable écosystème intégré, connecté et orienté vers un futur numérique inclusif.














