Meta Platforms, la maison-mère de WhatsApp et Instagram, est confrontée à une crise juridique d’une gravité inédite en Afrique du Sud. L’entreprise américaine pourrait faire face à des accusations d’outrage à la cour pour avoir refusé de transmettre des données d’utilisateurs impliqués dans la diffusion de contenus explicites mettant en scène des mineurs sud-africains, selon les révélations de MyBroadband.
L’affaire a éclaté début juillet, lorsque le cabinet sud-africain The Digital Law Company, dirigé par l’experte juridique Emma Sadleir, a obtenu une ordonnance de justice urgente. Celle-ci exigeait que Meta supprime le contenu en question, mais aussi qu’elle fournisse des informations d’identification (noms, e-mails, numéros de téléphone) sur les auteurs présumés.
Si Meta a bien désactivé plusieurs comptes sur WhatsApp et Instagram, le problème persiste : de nouveaux comptes similaires apparaissent continuellement, parfois avec des noms quasi identiques, suggérant un réseau coordonné plus qu’une série d’actes isolés. Et surtout, l’entreprise n’a toujours pas transmis les données clés réclamées par la justice sud-africaine, ce qui empêche toute action pénale concrète contre les coupables.
La situation a pris un tournant plus tendu le 15 juillet, lorsque Sadleir a annoncé avoir introduit une demande officielle de poursuite pour outrage à la cour. En ligne de mire : Thabo Makenete, responsable des politiques publiques de Meta pour l’Afrique australe. Le cabinet demande au juge de l’envoyer en prison si l’entreprise ne se conforme pas à l’ordonnance d’ici au samedi 19 juillet, 14h (heure sud-africaine).
Meta, pour sa part, affirme avoir coopéré, supprimé les comptes identifiés et transmis des rapports aux autorités américaines. Elle assure également collaborer avec les forces de l’ordre. Mais pour The Digital Law Company, cette réponse est insuffisante. « C’est un écran de fumée », a réagi Sadleir, dénonçant les tentatives de Meta de rejeter la faute sur les mauvaises entités juridiques, notamment Facebook South Africa, qui ne gère ni WhatsApp ni Instagram.
Le point de bascule interviendra ce vendredi 18 juillet, jour de l’audience sur le potentiel outrage. Meta a encore une fenêtre de 48 heures pour remettre les données et éviter une escalade judiciaire sans précédent. En cas de refus, ce serait la première fois qu’un haut cadre de Meta en Afrique australe pourrait faire l’objet d’un mandat d’arrêt.
Cette affaire soulève de nombreuses questions sur la responsabilité des grandes plateformes dans la lutte contre les abus en ligne, particulièrement lorsqu’ils touchent les enfants. Elle met aussi en lumière le décalage entre la puissance globale de ces entreprises et la capacité des juridictions nationales à les contraindre à l’action.














