À peine sortie de l’euphorie de son acquisition historique de MultiChoice, le géant français des médias Canal+ se retrouve déjà confronté à une polémique d’envergure. En cause : une demande imposée à tous les fournisseurs de MultiChoice de réduire leurs factures de 20 %. Cette mesure, décrite par certains comme brutale, touche l’ensemble de la chaîne de sous-traitance, depuis les prestataires de services techniques jusqu’aux producteurs de contenus, en passant par les fournisseurs de biens et de services courants.
Selon plusieurs sources proches du dossier, cette directive de réduction massive des coûts viendrait directement du siège de Canal+ en France, dans une volonté affichée de rationaliser les dépenses. Le climat de tension est palpable : des paiements auraient été gelés temporairement, le temps que les négociations autour de ces remises forcées aboutissent. Pour de nombreux sous-traitants, notamment les petites et moyennes entreprises, cette situation met en péril des partenariats anciens et fragilise leur viabilité financière. Certains parlent même de méthodes de pression indignes, dénonçant un véritable « chantage économique ».
Cette stratégie de compression des coûts intervient dans un contexte délicat. MultiChoice, rebaptisé Canal+ Africa depuis sa reprise, a connu deux années financières marquées par des pertes et une baisse significative de sa base d’abonnés linéaires — près de 2,8 millions de clients perdus. Si l’objectif de Canal+ est clair, à savoir redresser la rentabilité de sa nouvelle acquisition et intégrer le groupe dans une stratégie panafricaine ambitieuse, la manière dont cela est mené soulève déjà des critiques majeures.
La Competition Commission sud-africaine, qui avait validé la fusion en mai 2025 sous conditions strictes, a annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer si les actions de Canal+ violent les engagements pris lors de l’accord de rachat. L’un des points centraux de cet accord portait précisément sur la protection des fournisseurs locaux et des entreprises historiquement défavorisées. Selon le porte-parole de la Commission, si les faits sont avérés, des sanctions pourraient être proposées.
Au même moment, les minoritaires de MultiChoice sont également sous pression. Canal+ a officiellement enclenché, le 24 octobre, une procédure de rachat obligatoire des dernières actions restantes, conformément à la loi sud-africaine sur les sociétés. Une fois cette étape finalisée, MultiChoice sera retirée des marchés financiers sud-africains, devenant une filiale à 100 % du groupe français. Certains analystes y voient un coup de force, craignant une perte de transparence, un affaiblissement du pluralisme médiatique, voire un recul pour la création de contenus locaux.














