À Abidjan, dans un centre culturel transformé en arène d’innovation, des étudiants conçoivent des robots pour repenser l’agriculture. Ce concours, organisé sous le thème de « l’agriculture 4.0 », illustre une tendance montante : faire des technologies un levier pour réenchanter un secteur longtemps déserté par la jeunesse ivoirienne.
Dominée par les cultures de cacao, d’hévéa et de cajou, l’agriculture représente près de la moitié des emplois en Côte d’Ivoire. Pourtant, elle reste marquée par une pénibilité forte, une mécanisation faible et une main-d’œuvre vieillissante. « Sans les nouvelles technologies, l’agriculture risque de s’éteindre », affirme Urielle Diaidh, 24 ans, étudiante en ingénierie. Son point de vue est partagé par nombre de ses camarades présents, dont Pélé Ouattara, 20 ans, fils d’agriculteurs, pour qui la robotique est un moyen de faire évoluer les pratiques familiales.
Selon le Centre national de recherche agronomique (CNRA), la mécanisation stagne à moins de 30 %. Pour inverser cette tendance, l’État ivoirien, via le ministère de la Transition numérique, soutient l’émergence de start-ups d’« agritech » dirigées par des jeunes. C’est dans ce cadre qu’a été lancé l’Ivoire Tech Forum, premier salon de la tech ivoirienne, ce mois-ci à Abidjan.
Sur le terrain, des entreprises comme Investiv proposent des services de pulvérisation par drone à 15 000 FCFA l’hectare, soit une économie de deux jours de travail par rapport à la méthode manuelle. D’autres, comme Jool, développent des outils de prédiction agricole. Leur logiciel peut analyser les données du sol pour recommander les cultures les plus adaptées, détecter les maladies précocement, et augmenter le rendement de plus de 40 %.
Mais ces innovations ont un coût. Un drone agricole peut atteindre 3 à 9 millions de FCFA, soit plusieurs fois le revenu semestriel d’un petit producteur. Pour combler ce fossé, des formules de location ou de services à la demande apparaissent, rendant la technologie plus accessible.
Le secrétaire général de la centrale des syndicats de producteurs de cacao, Thibeaut Yoro, salue cette dynamique, tout en soulignant la nécessité d’un accompagnement plus structuré. « L’agriculture doit redevenir attractive. Et cela passe par un travail moins pénible, plus rentable, et une intégration intelligente des technologies. »
Avec 75 % de sa population âgée de moins de 35 ans, la Côte d’Ivoire se trouve à un tournant. L’agriculture 4.0 n’est plus un slogan mais une opportunité : celle de réconcilier jeunesse, technologie et terre.














