À l’heure où le numérique s’impose comme catalyseur de croissance et de gouvernance, l’Afrique se distingue par une dynamique sans précédent autour des infrastructures publiques numériques (IPN). Paiements électroniques, systèmes d’identité interopérables, réseaux de partage de données : ces briques technologiques, aujourd’hui en plein essor, redessinent les contours de l’économie et des services publics sur le continent.
Le rapport publié le 1er mai 2025 par la plateforme Digital Public Infrastructure (DPI) met en lumière les leaders de cette transformation. Il révèle un écosystème où les responsabilités sont partagées entre institutions panafricaines, banques de développement, gouvernements nationaux, acteurs privés et partenaires internationaux.
Au sommet de cette architecture se trouve l’Union africaine (UA), qui orchestre une vision stratégique alignée sur la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine). Grâce à sa Stratégie de transformation numérique 2020-2030, l’UA harmonise les initiatives régionales et oriente le développement du DPI à l’échelle continentale.
Sur le plan opérationnel, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) s’impose comme un pilier grâce à son portefeuille d’actifs de plus de 37 milliards de dollars. Le PAPSS (système panafricain de paiement et de règlement), capable d’exécuter des paiements transfrontaliers en monnaie locale, témoigne de son rôle crucial dans l’intégration économique numérique.
Des pays comme le Kenya, le Rwanda ou encore le Nigeria démontrent la puissance du DPI au niveau local. Le Kenya, pionnier avec M-Pesa et Huduma Namba, offre une illustration concrète de l’interconnexion entre services publics et inclusion financière. Le Rwanda, avec la plateforme Irembo, simplifie l’accès aux services gouvernementaux. Quant à l’Afrique du Sud, elle utilise sa présidence du G20 en 2025 pour faire rayonner cette vision au-delà du continent.
L’innovation technologique provient aussi du secteur privé. Des entreprises comme Safaricom, MTN, Vodacom, Flutterwave ou Paystack accélèrent l’adoption de solutions numériques accessibles, favorisant l’inclusion et la scalabilité. Leurs produits complètent les efforts institutionnels et renforcent l’impact des IPN sur le terrain.
Des organisations comme la Banque mondiale, la Fondation Gates ou le PNUD fournissent un appui décisif en matière de financement, de compétences techniques et de cybersécurité. À cela s’ajoutent des plateformes régionales comme Smart Africa et la CAE, qui coordonnent les efforts dans 32 pays et garantissent une interopérabilité accrue.
Le rapport pointe néanmoins plusieurs défis : fracture numérique, cybersécurité, accès inégal aux infrastructures et instabilité politique. Pour surmonter ces obstacles, il plaide pour une collaboration renforcée entre acteurs publics et privés, un appui technique accru aux gouvernements nationaux et une gouvernance locale forte sur les projets financés à l’international.
L’avenir des IPN en Afrique repose sur un leadership partagé, où vision stratégique, exécution technique et innovation convergent. Avec 40 % de couverture moyenne en 2025, le continent progresse rapidement vers un écosystème numérique inclusif, résilient et souverain.














