La Guinée vient de franchir un cap stratégique dans le secteur des télécommunications. Par un décret présidentiel signé par le chef de la junte, Mamadi Doumbouya, l’État guinéen devient l’unique propriétaire de l’opérateur Areeba Guinée, confirmant ainsi le retrait définitif du groupe sud-africain MTN. L’annonce, rendue publique à la télévision nationale, officialise un processus amorcé il y a plusieurs années et désormais arrivé à son terme.
L’histoire d’Areeba remonte à l’époque où MTN opérait directement en Guinée, avant de commencer à céder ses parts sous la pression de litiges réglementaires et d’amendes répétées. En 2017, MTN Guinée avait déjà été rebaptisé Areeba, marquant un premier pas vers une nationalisation progressive. En décembre 2024, l’État détenait déjà la majorité des actions, et cette dernière décision signe la fin complète de l’aventure MTN dans le pays.
La transformation d’Areeba en société anonyme à capitaux publics offre désormais un cadre juridique qui combine gouvernance étatique et autonomie de gestion. L’entreprise disposera d’un conseil d’administration et pourra opérer comme une entité commerciale, mais sous la tutelle des autorités nationales. Cette formule hybride vise à garantir une gestion plus efficace tout en assurant que les télécommunications restent un outil stratégique au service du développement national.
Cette prise de contrôle relance également le débat autour de Guinée Telecom, un projet public censé remplacer l’ancien opérateur historique SOTELGUI. Prévu initialement pour 2023, son lancement a été sans cesse repoussé, notamment à cause de difficultés d’infrastructure et de financement. Le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur la coexistence ou la fusion éventuelle entre Areeba et Guinée Telecom, mais plusieurs observateurs estiment qu’une intégration serait logique et économiquement rationnelle.
En s’inspirant de modèles africains tels que celui du Bénin avec la SBIN et Celtiis, la Guinée pourrait ainsi créer un opérateur national fort, capable de concurrencer les filiales de multinationales déjà présentes sur le marché. Dans un pays où la souveraineté numérique devient une priorité, la nationalisation d’Areeba s’inscrit dans une logique de reprise de contrôle stratégique, avec à la clé des opportunités pour améliorer la connectivité, renforcer la régulation et générer des revenus pour l’État.














