Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre nigérian des communications, Bosun Tijani, a lancé un appel aux entreprises privées comme MTN pour soutenir la transformation numérique de l’Afrique. Pour lui, des partenariats sont indispensables pour que le continent prenne sa place dans la révolution de l’intelligence artificielle (IA). C’est dans ce cadre qu’il a rappelé le projet N‑ATLAS, un modèle linguistique en plusieurs langues nigérianes, développé en collaboration avec la startup locale Awarri, et rendu ouvert à d’autres pays africains désireux de collecter leurs propres données.
Le PDG du groupe MTN, Ralph Mupita, a accueilli le défi avec enthousiasme : « Le challenge est accepté », a‑t‑il déclaré, affichant la volonté du groupe de s’investir dans la collecte de données et l’expansion de l’IA sur le continent. La question des langues africaines est au cœur du débat : faute de données suffisantes, la plupart des modèles d’IA fonctionnent mal — ou pas du tout — pour les langues sous‑représentées. Cela crée un biais numérique qui exclut des millions de personnes. Le ministre sud‑africain Solly Malatsi partage cette vision ; il milite pour une meilleure diversité linguistique dans les systèmes d’IA, qui prennent en compte non seulement l’anglais mais aussi les langues africaines moins présentes en ligne.
Mais le défi ne se limite pas à l’IA et aux langues : l’accès effectif à internet reste une barrière majeure. Angela Wamola, responsable GSMA pour l’Afrique subsaharienne, illustre la situation avec une métaphore sportive — sur un « terrain » de 1,55 milliard d’habitants, seuls 500 millions sont en ligne. Cela signifie que 70 % de la population reste « en mode voix » (appels et SMS), sans accès aux services numériques avancés. Beaucoup sont « sur le banc » : ils ont la couverture mais pas les appareils ou n’ont jamais utilisé l’internet. D’autres restent « en loge » : sans couverture du tout. Wamola insiste : pour que l’Afrique joue dans la cour mondiale du numérique, il faut ramener tout le monde sur le terrain et les équiper.
MTN a déjà entrepris des initiatives pour rendre les smartphones plus accessibles, notamment par des discussions avec des fabricants pour proposer des appareils à 20 USD ou moins — une stratégie inspirée du modèle indien du JioBharat, un téléphone 4G « cloud‑based » qui réduit les contraintes liées à la mémoire et à la batterie. En Afrique du Sud, MTN a lancé un programme pilote : d’abord, 5 000 clients sélectionnés reçoivent des smartphones 4G, puis le programme s’étendra à 130 000, puis à 1,1 million. Ces appareils seront préchargés avec des applications et liés à une carte SIM MTN. Mais Mupita souligne que les droits de douane et la TVA, parfois élevés, freinent l’accessibilité des appareils, surtout quand l’on vise des modèles à bas coût.
Sur le plan institutionnel, l’alliance entre public et privé est essentielle. Tijani propose que MTN prête main‑forte à la collecte de données pour N‑ATLAS, en s’appuyant sur ses propres jeux de données ou celles de l’État, comme celles des stations télévisées nationales. Il encourage aussi l’extension de ce modèle vers d’autres pays : chaque pays pourrait avoir son propre « Atlas » linguistique (S‑Atlas, G‑Atlas, etc.), à partir du même cadre ouvert et économique. Il pointe par ailleurs un besoin urgent : financer la recherche académique dans l’IA, domaine où l’Afrique reste en retard par rapport à d’autres régions.
L’engagement de MTN envers les gouvernements, en particulier sur la réglementation des réseaux (spectre, licences), est crucial. Sans un environnement stable et clair, les investissements dans les infrastructures ne peuvent pas se déployer. Mupita rappelle que pour MTN, le capital humain — la jeunesse africaine — est une force potentielle. Mais pour qu’elle devienne un atout, il faut créer des opportunités numériques et les habiliter à y accéder. Comme l’électricité, la connectivité doit être perçue comme un service fondamental : une fois disponible, elle ouvre des usages que l’on n’imaginait pas.
Enfin, l’agriculture, pilier de nombreuses économies africaines, est souvent citée comme un domaine dans lequel la technologie peut faire la différence. Mupita évoque l’usage de l’IA, des capteurs et de données intelligentes pour améliorer les rendements, fluidifier l’accès au marché et garantir une juste rémunération des producteurs. Ce type d’innovation pourrait transformer l’agriculture de subsistance en un secteur compétitif et intégré aux chaînes globales.
En somme, l’appel conjoint du gouvernement nigérian et de MTN insiste sur une réalité : pour que l’Afrique devienne acteur numérique, elle doit investir dans ses jeunes, ses langues, ses infrastructures et ses partenariats. C’est un défi considérable, mais aussi une occasion unique de définir un avenir numérique africain, à ses propres standards.














