Le Sénégal vient de franchir une nouvelle étape dans la modernisation de son système éducatif. En marge de la Conférence mondiale sur l’éducation intelligente, organisée à Pékin du 18 au 20 août 2025, le gouvernement a signé un protocole d’accord avec l’opérateur Sonatel (Orange) et le géant technologique chinois Huawei. Cet accord, paraphé par Moustapha Mamba Guirassy, ministre de l’Éducation nationale, vise à doter les établissements d’outils pédagogiques numériques, à développer des infrastructures adaptées et à former les enseignants comme les élèves aux usages du numérique. Huawei a précisé, dans un communiqué publié le 22 août, que l’objectif est d’accélérer la transformation digitale de l’éducation nationale sénégalaise tout en favorisant une éducation plus inclusive.
Cette collaboration s’inscrit dans le cadre d’une stratégie quinquennale adoptée par Dakar en janvier dernier et dotée de 130 milliards de francs CFA, soit environ 232 millions de dollars. Cette feuille de route entend intégrer l’intelligence artificielle dans les pratiques scolaires, mettre à niveau les infrastructures et répondre aux besoins croissants en compétences numériques sur le marché du travail. Le gouvernement a déjà multiplié les initiatives en ce sens. En mars 2025, il a lancé un vaste programme de formation au numérique et à l’IA destiné à plus de 105 000 enseignants et personnels administratifs. L’ambition est double : adapter les méthodes pédagogiques aux évolutions technologiques et préparer les élèves aux enjeux liés à la cybersécurité et aux nouveaux usages numériques.
Sonatel, partenaire de longue date du ministère de l’Éducation, a déjà initié le programme « Écoles Numériques », qui a permis d’équiper des établissements scolaires en matériel moderne et de diffuser des contenus éducatifs en ligne jusque dans les zones reculées. Huawei, de son côté, a lancé au Sénégal le projet « DigiTruck », un centre de formation itinérant alimenté à l’énergie solaire qui se déplace dans les zones rurales pour offrir gratuitement des formations en compétences numériques aux jeunes.
Ces efforts s’inscrivent également dans une dynamique internationale portée par l’UNESCO, qui encourage l’intégration des TIC dans l’éducation afin de renforcer l’accès, améliorer les apprentissages et développer les compétences du XXIᵉ siècle. Mais les défis demeurent considérables. Le Sénégal reste confronté à un déficit d’enseignants, à un retard d’adaptation de ses programmes et à une forte pression démographique avec des effectifs d’élèves en constante hausse. S’ajoute à cela un taux de connectivité encore limité : à peine plus d’un tiers des Sénégalais ont aujourd’hui accès à Internet, selon l’Union internationale des télécommunications.
Pour l’heure, la coopération entre l’État, Sonatel et Huawei n’en est qu’au stade de protocole d’accord. Si elle traduit une volonté affirmée d’accélérer l’intégration du numérique dans les écoles, son efficacité dépendra de la concrétisation rapide d’un accord formel, de la mise en œuvre effective des projets et d’un suivi transparent de leurs résultats. C’est à cette condition que le Sénégal pourra véritablement transformer son système éducatif et en faire un moteur d’inclusion et de compétitivité dans l’économie numérique mondiale.














