Le gouvernement kényan s’apprête à déclencher l’un des plus grands bouleversements économiques de ces dernières années. Safaricom, la plus grande entreprise du pays en termes de capitalisation boursière, pourrait être scindée en trois entités distinctes : une société de télécommunications classique (voix et données), une entreprise spécialisée dans les infrastructures de réseau (tours), et M-Pesa, son service de paiement mobile ultra-dominant, qui deviendrait une entité financière indépendante supervisée par la Banque centrale du Kenya (CBK).
Ce projet, confirmé le 20 août 2025 par le secrétaire du Trésor John Mbadi, s’appuie sur une évaluation gouvernementale concluant à de « grands avantages » économiques. La domination écrasante de M-Pesa, qui capte plus de 90 % du marché des paiements numériques du pays et dont les transactions représentent à elles seules plus de la moitié du PIB du Kenya, alimente depuis longtemps les inquiétudes des régulateurs. Cette concentration de pouvoir soulève également des tensions avec les banques commerciales, que M-Pesa concurrence directement avec des produits de crédit comme Fuliza ou KCB M-Pesa, proposés jusqu’ici via des partenariats bancaires.
L’idée de dissocier M-Pesa de Safaricom ne date pas d’hier. Dès 2022, certains parlementaires kényans avaient commencé à faire pression pour un tel découplage. En 2024, le débat a repris de plus belle, renforcé par des exemples régionaux : Airtel avait déjà séparé sa division mobile money en 2021, et MTN Uganda a récemment obtenu l’autorisation d’isoler sa branche fintech.
Toutefois, des obstacles subsistent. Safaricom est impliquée dans un litige fiscal estimé à 75 milliards de shillings, une affaire que le gouvernement souhaite solder avant toute réorganisation. De plus, le gouvernement, actionnaire à hauteur de 35 %, devra faire approuver la scission par le Conseil des ministres. Parallèlement, Nairobi projette de vendre des parts de Safaricom dans le cadre d’un vaste plan de privatisations censé rapporter près de 149 milliards de shillings sur l’exercice 2025/26.
La scission pourrait permettre une régulation plus fine de chaque entité, favoriser la transparence et, surtout, libérer M-Pesa de ses dépendances bancaires. Toutefois, Safaricom n’a pas encore officiellement validé cette orientation. Son PDG, Peter Ndegwa, avait jusqu’ici défendu un modèle intégré, laissant entendre qu’un démantèlement ne se justifierait que si les intérêts des actionnaires ou des clients l’exigeaient.














