Alors que 600 millions d’Africains vivent à portée d’un réseau mobile 3G ou 4G, une majorité d’entre eux n’a jamais accédé à Internet. Ce paradoxe n’est pas lié à un manque de couverture ou à l’absence de politiques publiques, mais bien à une réalité plus simple : le prix des smartphones reste hors de portée pour une grande partie de la population. C’est cette fracture que la GSMA entend combler avec une nouvelle initiative ambitieuse.
L’organisation, qui regroupe les plus grands opérateurs de téléphonie mobile dans le monde, a annoncé un plan pour proposer des smartphones à un prix compris entre 30 et 40 dollars. En collaboration avec des opérateurs africains et des fabricants d’appareils, elle espère déclencher l’une des plus vastes vagues d’inclusion numérique jamais observées sur le continent. Selon Angela Wamola, directrice de la GSMA Afrique, il s’agit d’un changement de paradigme capable de transformer le destin numérique de millions de citoyens.
Mais rendre le smartphone accessible financièrement n’est que le premier pas. L’étude menée par la GSMA souligne quatre barrières principales à l’adoption du numérique : le prix, l’alphabétisation numérique, la pertinence des contenus et la confiance dans les plateformes. Parmi celles-ci, l’accessibilité financière reste le frein le plus déterminant. Dans certains pays, les taxes représentent à elles seules jusqu’à 40 % du prix final d’un smartphone. Pour un appareil d’entrée de gamme, cela signifie un coût moyen équivalent à 26 % du revenu mensuel médian africain. Chez les 40 % les plus modestes, ce taux grimpe à 64 %, et pour les plus pauvres, il dépasse les 80 %. Autrement dit, pour beaucoup, un smartphone n’est pas un choix mais un sacrifice.
L’Afrique du Sud, en février 2025, a fait figure d’exception en supprimant les taxes de luxe sur les appareils vendus à moins de 130 dollars. C’est un précédent que la GSMA souhaite voir adopté ailleurs sur le continent. Bien que certains gouvernements hésitent à renoncer à ces recettes fiscales, la GSMA plaide pour une vision à long terme : une économie numérique élargie génère plus d’activités, de productivité et in fine, de recettes fiscales. Pour appuyer cette vision, l’organisation a développé un outil comparatif, l’Indice de l’Afrique numérique, qui permet d’évaluer l’impact des politiques publiques sur l’adoption des technologies.
Le projet ne repose pas uniquement sur des appels aux gouvernements. La GSMA a collaboré avec six opérateurs majeurs — dont MTN, Orange, Airtel Africa, Ethio Telecom, Vodacom et Axian Telecom — pour établir une norme minimale pour les smartphones 4G bon marché. L’idée est de garantir une qualité technique minimale malgré le prix réduit, afin d’éviter que ces appareils ne deviennent rapidement obsolètes ou inutilisables.
L’initiative s’inscrit dans un moment charnière pour le continent. La transition numérique ne pourra s’accélérer sans un accès équitable aux outils de base. En proposant un smartphone à 40 dollars, la GSMA espère faire tomber une barrière clé, mais elle sait que le chemin vers une inclusion numérique durable nécessite une approche systémique. Il faudra agir sur les contenus, les langues, la formation des utilisateurs, l’offre de services, tout en assurant que ces appareils bon marché restent sécurisés et efficaces.














