Le scandale financier qui secoue actuellement le ministère de la Santé au Sénégal met en lumière les vulnérabilités critiques des systèmes de décaissement numérique de l’État face aux menaces internes (insider threats). Le détournement de plus de 390 millions de francs CFA, initialement destinés aux allocations des étudiants en médecine, a été rendu possible par une manipulation frauduleuse des bases de données gouvernementales.
Parmi les sept suspects récemment arrêtés par la Division des investigations criminelles (DIC) figure un informaticien. Le mode opératoire met en évidence une grave défaillance dans la gestion des identités et des accès (IAM) : les états de paiement numériques ont été altérés de l’intérieur pour y injecter 12 numéros de téléphone frauduleux. Les fonds ont ensuite été massivement siphonnés via la plateforme de Mobile Money d’Orange, sans que le système ne détecte l’incohérence entre l’identité numérique des titulaires des comptes et celle des étudiants légitimes.
Cette affaire illustre les failles béantes dans l’auditabilité et la sécurisation des flux financiers numérisés du secteur public. Elle rappelle l’urgence, pour les administrations, d’imposer des mécanismes de vérification croisée des données (KYC automatisé avec les opérateurs télécoms), de tracer les modifications de bases de données par la technologie de registre, et de restreindre les privilèges d’accès (Zero Trust) des agents et techniciens opérant sur les plateformes de paiement de l’État.














