La Fondation Jack Ma a invité plusieurs médias africains de premier plan à une table ronde virtuelle, le 21 octobre 2020. Cela a été l’occasion pour la presse de rencontrer les dix finalistes de « Africa’s Business Heroes 2020 » (ABH). Afrique IT News a pu recueillir les impressions de Diarra Bousso et Cyrille Nkontchou, deux des quatre finalistes francophones de la compétition. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont prêts à marquer l’histoire.
L’objectif de la table ronde a été de permettre des échanges directs et des discussions sur le parcours de chacun d’entre eux depuis le commencement de la compétition. Tous ont présenté leurs activités et les solutions qu’ils comptent apporter aux différentes problématiques de leurs pays respectifs. Etaient également présents à la table ronde le représentant de la Fondation Jack Ma et certains juges de la demi-finale d’ABH comme Fatoumata Ba, fondatrice de Janngo et Rene Parker, Directrice de R Labs.
ABH en est à sa dixième édition et c’est la première fois que des entrepreneurs originaires de pays d’Afrique francophone ont été autorisés à y prendre part. Pour bien montrer le potentiel de la zone en matière d’innovation bancable, quatre d’entre eux ont réussi à se hisser jusqu’à la grande finale. Les Ivoiriens Axel Emmanuel Gbaou et Aboubakar Karim, la Sénégalaise Diarra Bousso et le Camerounais Cyrille Nkontchou se sont démarqué parmi 22 000 candidats. Il faut dire que leurs projets ont tout pour plaire.
Avec Le Chocolatier ivoirien, Axel Emmanuel Gbaou veut créer une vraie révolution dans la filière du cacao. Son pays a la particularité de représenter 40 % de la production mondiale de la matière première mais n’a aucun poids réel sur le reste de la chaîne de valeur. Pour lui apporter plus de valeur, l’ancien banquier a décidé de se lancer dans la fabrication artisanale d’un chocolat de qualité. Il fait la promotion de l’utilisation de techniques de culture durables. Il a aussi mis en place un partenariat direct avec les femmes productrices qui favorise une répartition plus équitable des revenus.

Aboubakar Karim est le PDG et fondateur d’Investiv. La mission de sa société est « d’aider à construire l’avenir de l’agriculture africaine ». Pour ce faire, il utilise les innovations technologies pour appuyer les efforts des petits exploitants agricoles. A 25 ans, cet agroéconomiste a mis sur pied une entreprise à portée nationale et internationale (Afrique de l’Ouest).

DiarraBlu de Mame Diarra Bousso Gueye est clairement l’un des projets les plus surprenants de la compétition. C’est un concept basé sur deux sources débordantes de créativité : la mode et la technologie. En fusionnant la richesse de l’artisanat traditionnel africain et les algorithmes, la jeune mathématicienne redonne du pouvoir au continent. Elle veut aussi construire un avenir de la mode éthique et durable centré sur l’artisanat de nos pays.

Une « rampe de lancement vers les meilleures universités », c’est ce qu’est Enko Education. Elle a été créée pour démocratiser l’accès des jeunes africains à une éducation internationale de qualité. Ce, en tirant parti d’un des plus grands réseaux panafricains dans le domaine de l’éducation : celui des écoles privées qui forment pour le Baccalauréat international.

Il est vrai que leurs compères anglophones ont de quoi leur donner du fil à retordre. Cependant, l’idée qu’ils pourraient marquer à jamais l’histoire de ABH est plus forte que tout. C’est tout du moins le cas pour Diarra et Cyrille, seuls présents lors de la table ronde, les deux autres n’ayant pas pu se connecter pour des raisons techniques.
Pour Cyrille et Enko Education, ABH est une occasion pour faire passer un message à tous les entrepreneurs francophones :
« C’est un privilège en tant que francophone d’avoir été sélectionné et d’avoir autant de francophones dans cette sélection. Je pense que c’est aussi le symbole d’une nouvelle époque », a-t-il indiqué. « Il y a de plus en plus d’entrepreneurs francophones et c’est aussi intéressant pour nous à Enko Education. Nous revendiquons fièrement nos origines francophones et nous avons pu étendre nos opérations en Afrique anglophone. Nous sommes présents en Afrique du Sud, au Botswana, en Zambie, et également en Afrique lusophone au Mozambique. C’est un message pour tous les francophones. Tout est possible. On peut aussi bien prospérer dans le monde francophone et aussi aller dans les mondes anglophone et lusophone. »
De l’intervention de Diarra, on retient surtout que l’opportunité qui lui est donné est un grand plaisir pour elle. Elle est ravie que, pour ABH 2020, la langue française ne soit pas un handicap.
« C’est un énorme plaisir de représenter une possible victoire francophone. Personnellement, la langue française a souvent été un frein, quand je grandissais, quand j’allais à l’université, etc. Et voir que la compétition est inclusive m’a fait beaucoup plaisir. J’ai fait la plupart des étapes en anglais mais durant la série, j’ai pu m’exprimer en français et dans ma langue « native » qui est le wolof. Je pense que cela représente une inspiration pour tout le monde, pour montrer que tout est possible et que la langue ne doit pas être un frein. Ca donne aussi un bon message pour ce que nous représentons en tant que société DiarraBlu parce que nous sommes une société globale. Nous sommes basés à Dakar, à San Francisco, nous avons une équipe un peu partout dans le monde et montrer que la langue n’est pas un frein est un beau message que l’on partage à travers nos vêtements et nos collections », a-t-elle expliqué.
L’enthousiasme qui ressort des déclarations de l’expérimenté gestionnaire de fonds camerounais et de la dynamique designer sénégalaise est certainement le même pour leurs camarades ivoiriens. Si tous le conserve jusqu’au bout, ils pourraient même rafler tout le podium. C’est en tout cas l’esprit qui anime Aboubakar Karim et ses supporters. Le PDG & fondateur d’Investiv est sur le point de remporter un premier prix avant le grand.













