La souveraineté numérique de l’Afrique est en péril alors qu’AfriNIC, le seul registre internet du continent, traverse une crise profonde marquée par des pressions judiciaires croissantes et une gouvernance défaillante. Cette situation alarme les acteurs du numérique, qui redoutent une recrudescence de la cybercriminalité et une perte de contrôle sur les infrastructures critiques du continent.
La crise, qui couve depuis 2022, a atteint un tournant critique le 9 juillet dernier avec la demande de liquidation judiciaire déposée par Cloud Innovation Ltd.. Basée aux Seychelles, cette société est l’un des trois principaux membres d’AfriNIC et considère que l’organisation est désormais « irréversiblement brisée ». AfriNIC, une entité à but non lucratif installée à Maurice et chargée de la gestion des adresses IP africaines, a déjà subi plus de cinquante procès, une paralysie financière et l’annulation de plusieurs élections internes. Les scrutins les plus récents, entachés par des votes par procuration douteux et des intrusions dans les bases de données, ont accentué la défiance de la communauté de la gouvernance internet.
Pour Cloud Innovation, la solution passe par un transfert des responsabilités vers un autre registre régional, sous des normes internationales de conformité. Mais cette proposition nourrit la crainte d’un transfert de contrôle à des acteurs étrangers, ce qui compromettrait l’indépendance numérique de l’Afrique. Face à ce risque, Smart Africa, qui fédère quarante pays du continent, a pris l’initiative de coordonner une riposte. L’organisation a réuni des ministres des TIC, travaillé en collaboration avec l’ICANN et l’Union africaine, et proposé un cadre légal transitoire afin d’assurer la continuité des services tout en préservant la gouvernance régionale.
Dans un communiqué publié en juillet, Smart Africa a exprimé sa « profonde inquiétude face à l’escalade de la crise de gouvernance qui affecte AfriNIC et à la menace sérieuse qu’elle représente pour la souveraineté numérique du continent, la résilience de ses infrastructures internet et sa place dans les instances mondiales de gouvernance ». La question de fond demeure : l’Afrique saura-t-elle préserver son autonomie sur la gestion de son internet, ou sera-t-elle contrainte de céder à une supervision externe ? Alors que les procédures judiciaires se poursuivent, l’avenir numérique du continent dépend de la capacité des acteurs africains à agir de manière décisive et coordonnée.














