À seulement 25 ans, Ghita Houir Alami incarne une nouvelle génération d’innovateurs africains dans la tech mondiale. Le 9 juillet 2025, sa startup ZeroEntropy, basée à San Francisco, a levé 4,2 millions de dollars lors d’un tour de table mené par Initialized Capital, avec le soutien de Y Combinator, Transpose Platform, a16z Scout, 22 Ventures et plusieurs figures clés de la scène IA, notamment issues d’OpenAI et Hugging Face.
Née au Maroc, Ghita a quitté son pays à 17 ans pour poursuivre ses études d’ingénierie en France à l’École Polytechnique, avant de s’installer en Californie pour un master en mathématiques à UC Berkeley. C’est là que sa passion pour les systèmes intelligents s’est affinée. Cette trajectoire académique rigoureuse l’a menée à s’intéresser à l’un des enjeux techniques majeurs de l’intelligence artificielle : la récupération d’informations pertinentes dans des bases de données complexes.
ZeroEntropy se positionne sur un segment aussi technique que stratégique : le « retrieval-augmented generation » (RAG), une architecture devenue centrale dans les agents conversationnels modernes. Ghita et son cofondateur Nicholas Pipitone estiment que l’infrastructure actuelle, souvent bricolée à l’aide de bases vectorielles, d’outils de recherche par mots-clés et de modèles de re-ranking disparates, manque de fiabilité et freine la qualité des réponses fournies par les grands modèles de langage.
Pour répondre à ce besoin, ZeroEntropy propose une plateforme pensée pour les développeurs. L’outil se charge d’ingérer les documents, de les indexer, de réorganiser les résultats de recherche, et de les évaluer automatiquement. Ghita compare cette approche à celle de Supabase, célèbre solution open source qui simplifie la gestion des bases de données. L’idée est de fournir aux développeurs une interface de recherche puissante, sans les contraindre à assembler eux-mêmes plusieurs technologies.
Au cœur de la solution, un moteur propriétaire de re-ranking baptisé « ze-rank-1 » assure une hiérarchisation optimale des résultats. Selon la startup, ce modèle surpasse déjà les standards actuels établis par des acteurs comme Cohere ou Salesforce, sur des benchmarks publics et privés. Une dizaine de jeunes entreprises opérant dans les domaines du droit, de la santé, de la relation client ou des ventes l’utilisent déjà au quotidien.
Mais au-delà de la performance technologique, Ghita Houir Alami se distingue par son engagement. Dans un secteur encore largement dominé par les hommes, elle défend la place des femmes dans les technologies d’infrastructure et les outils de développement. Elle donne régulièrement des conférences au Maroc, dans des lycées et universités, pour encourager les jeunes filles à embrasser des carrières en science, technologie, ingénierie et mathématiques. À celles qui hésitent, elle adresse un message clair : « Si un problème technique vous passionne, foncez. Ne laissez personne vous dire que vous n’en êtes pas capable. »
Son ambition ne se limite pas à la réussite de ZeroEntropy. Elle souhaite redéfinir les bases techniques de l’intelligence artificielle en mettant la fiabilité, la rapidité et la précision au cœur de l’expérience des développeurs. Cette levée de fonds n’est donc pas qu’un succès financier. Elle marque la montée en puissance d’une startup conçue pour répondre aux défis fondamentaux de l’ère post-ChatGPT — et portée par une voix marocaine, jeune, engagée, et résolument tournée vers l’avenir.














